« Le royaume de Dieu est au-dedans de vous » (Luc 17, 21)
« Si tu savais le don de Dieu » (Jean 4, 10)
« Celui qui vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jean 11,26)
« Les bienfaits de Dieu au cœur de l’homme »
La paternité divine, intérieure à chacun, est recréatrice de tout l’homme. Elle doit être découverte au tréfonds de chacun. Elle est soumise, impuissante, au libre vouloir de l’homme. Elle va se faire réponses bienfaisantes aux diverses attentes de l’homme. Son langage dans l’homme est complémentarité expérimentale à ses manques, à ses carences, à ses faims et à ses soifs. Dieu désaltère l’homme assoiffé de son eau vive. Il rassasie sa faim d’absolu. Il suffit à l’homme d’avoir longtemps cherché dans la persévérance, d’avoir fait le tour des impasses, des mirages, des illusions offertes à ses convoitises. Superficialisé par les propagandes, les réclames, les idoles, extirpé de lui-même par le bruit, l’agitation vaine, dilué dans les collectivismes ambiants, tiré à hue et à dia par les diverses idéologies, privé de véritables raisons d’être qui donneraient sens et consistance à saisir, il a erré d’impasse en impasse. Pourtant sa recherche est faite pour trouver, son attente pour déboucher, sa demande pour entendre une réponse à sa taille. Dieu ne serait plus Dieu, et ne serait plus Père, s’il avait mis dans l’homme de tels besoins - vieux comme l’homme lui-même - qui ne pouvaient être comblés. Ce serait là monstruosité. Cet homme était tellement immergé dans la nuit privée d’étoiles où tant errent en vain !
Seulement, cette réponse là ne peut être que personnelle, le cheminement individuel de A à Z également : à cheminement singulier réponse singulière ; cette réponse ne peut pas être théorique, elle ne peut être que vitale, existentielle. Les données permettant à chacun de renaître au pays spirituel, créateur de toutes les solutions possibles, ne peuvent être offertes en viatique que par des vivants proposant à la libre adhésion de chacun, par leurs témoignages, leurs propres découvertes vivantes comme autant d’éléments offerts à l’attente cherchante. Ces réponses divines personnelles ont été rendue possibles par une paternité spirituelle qui a introduit l’homme en son jardin intérieur : le sien et celui du Père. Ainsi le langage de Dieu en chacun est expérience après l’attente et la recherche.
Ce sont les sens retournés au dedans, intériorisés, sans être distraits de leur fonction d’antennes de l’extérieur, qui captent ces effets divins. C’est pourquoi tous les spirituels témoignent de l’action divine en eux par le langage sensoriel : Dieu se goûte, s’expérimente, s’écoute, se voit, se touche, se perçoit, se donne, se contemple au dedans. Ce retournement des sens au-dedans pour capter leur bien les affine. Ils captent d’autant mieux les données du dehors, du réel, qu’ils sont plus intériorisés. On dirait alors qu’ils communient à la symphonie du créé, ils entrent en communion avec la beauté des choses, des êtres et des hommes. Ils semblent accumuler les matériaux qui alimenteront la création artistique et véridique.
Ces expériences divines qui sont unes dans l’homme, si elles l’atteignent dans sa totalité, n’en touchent pas moins chaque fois plus particulièrement un aspect de lui-même qui pourtant trouvera écho dans le tout. C’est parce que Dieu touche l’homme aux profondeurs universelles de son être que ces bienfaits peuvent se répercuter en écho heureux dans la totalité de lui-même. En touchant l’être on accède au tout et à chacun des aspects qui caractérisent l’homme : sens, intelligence, aimer. Ainsi l’expérience divine est l’expérience la plus complète, la plus totale, la plus irréversible, la plus ineffaçable que peut vivre l’homme. L’être dans l’homme est le lieu divin, sa substance même, ce qui le caractérise. L’action divine ne peut s’exercer que là et à partir de là seulement. Mais pour cela il faut que l’homme par approfondissement et authentification y ait accès et y demeure : c’est le royaume de Dieu et le royaume de cet homme, c’est son paradis perdu et retrouvé, c’est sa bergerie, son jardin, le lieu de sa résidence, la trace intérieure des ineffables merveilles divines, le seul point par où l’homme accède à lui-même et à l’expérience divine. C’est le lieu de l’intime union à Dieu Père, la région de l’intériorité, l’état de grâce, le point de fusion mystique, de la vie de foi et également le seul lieu par où peut et doit passer toute forme de l’aimer communion entre les humains. Le lieu où l’homme devient vraiment homme, lui-même, authentique, créateur. Ce sont les bienfaits divins en ce jardin intérieur de l’être, en ce pays spirituel, en ce lieu divin que nous allons essayer de prospecter.
La lumière
Toutes les religions, toutes les expériences spirituelles ont parlé de l’action irradiante de Dieu dans l’homme, au plan de son intelligence. L’intelligence permet de prospecter et d’analyser les richesses de la création et la connaissance du mystère que reste l’homme. Cette prodigieuse activité qui repousse toujours plus loin les limites du savoir et qui rejoint sur bien des points les intuitions géniales des grands mystiques – ce que l’on appelle aussi des connaissants – est-elle du même ordre que cet éblouissement intérieur, que cet extraordinaire tension de l’âme qui s’écrie « que la vision de ta beauté me tue » (Jean de la Croix) ?
A chacun son ordre et ses moyens : à l’intellect les lois de la recherche scientifique, la raison logique ; au spirituel la pensée intuitive ou plutôt l’intuition créatrice.
La paternité divine intérieure à chacun, recréatrice de l’homme, soumise impuissante à son libre-vouloir, se fera réponses bienfaisantes à ces diverses attentes. Le langage de cette paternité est complémentarité expérimentale aux carences de l’homme : Dieu désaltère l’homme assoiffé de son eau vive, il rassasie sa faim d’absolu, à condition que celui-ci ait cherché avec persévérance sens et consistance à sa vie, car la recherche est faite pour trouver, l’attente pour déboucher, la demande pour être entendue. Dieu ne serait plus Dieu et ne serait pas père s’il avait mis dans l’homme des besoins vieux comme la création et qui ne pourraient pas être comblés. Seulement, cette réponse ne peut être que personnelle, vitale, existentielle, le cheminement de A à Z individuel également. Les donnés permettant à chacun de renaître en pays spirituel riche de toutes les solutions possibles ne peuvent être offertes en viatique que par des « vivants » proposant à la libre adhésion de chacun leurs témoignages, leurs propres découvertes, afin qu’il trouve en lui-même ses propres solutions. Par le témoignage, l’homme reçoit des actes, une expérience, une vie fidèle, une nouvelle incarnation de la tendre prodigalité divine : à partir de ces matériaux, il tracera son chemin.
Dieu tient tant à ce que la gouverne de l’homme se fasse par un autre homme, son semblable, et la raison naturelle qu’il veut absolument que nous n’ayons un crédit entier en les choses qu’il nous communique surnaturellement, qu’après qu’elles aient emprunté le canal de la bouche de l’homme. (Jean de la Croix).
Dans l’œuvre de renaissance de l’homme, son intelligence va subir une véritable mutation qualitative, de l’intelligence spéculative, de la raison raisonnante, à l’intuition créatrice qui est, dans l’homme, activité spécifique de l’être, lieu de l’activité créatrice à laquelle l’homme intérieur est associé. Dieu seul crée mais l’homme, greffé en Lui, est fait co-créateur, associé au divin, collaborateur de cette œuvre transfigurante de lui-même et de tout le créé.
Ainsi cette manifestation divine dans l’homme éclaire son intelligence, inspire son essentielle recherche, dilate cette sorte de regard intérieur, l’intuition créatrice, de beauté et de vérité. L’homme a la certitude intérieure de l’évidence qu’il baigne soudain dans la lumière, qu’il est fait transparence à une activité lumineuse et irradiante dont il est le lieu mais qui est venue d’ailleurs. Cette irradiation émane du centre de lui-même mais elle est d’une autre nature que lui comme tout ce qui vient de l’être où tout est de l’homme et don d’ailleurs et d’un Autre.
Cet état lumineux semble englober en ses instants de grâce tout le passé de l’homme, tout son devenir, en quelques géniales intuitions, non dans les comment, mais dans la substance même de ce devenir au plan de son existence, de sa mission. Ce regard incisif sur la totalité de lui-même est révélation ; il touche, à travers ce tout personnel, à l’universel et semble plongé dans les profondeurs du subconscient et de l’inconscient pour en extraire la substance véridique. En un instant cette révélation introduit l’homme dans tant d’inconnus sur lui-même et sur Dieu, que c’est un éblouissement. Or à ces instants et hors du temps, l’intelligence par intuition capte cet aspect bienfaisant de l’action expérimentale de Dieu en lui : l’homme comprend soudain ce qu’il a si longtemps cherché ; sans technique de recherche et d’approche de quelques vérités, elles lui sont soudain révélées, unifiées, universalisées, saisies dans leur essentiel. Ces jets de lumière sont irruption incandescentes de Dieu dans les profondeurs humaines : c’est le mystère de Dieu qui envahit pour le transfigurer le centre mystérieux de l’homme.
L’homme est un tout, aussi la lumière de Dieu l’envahit-elle dans sa totalité : quand un des aspects de lui-même – ici, l’intelligence – est irradié de lumière divine, les ondes lumineuses se répercutent en échos heureux dans tout l’homme. Les aspects de cette lumière divine dans l’homme, les intuitions géniales qui en sont les fruits directs et particuliers, persistent dans le souvenir de l’homme où ils sont gravés irréversiblement.
Un nouveau mode de connaissance s’ouvre à lui et il va être aidé par l’attention intérieure qui crée le climat favorable à de nouvelles révélations, climat fait de silence, d’un certain vide de plénitude, d’une certaine attente sereine, d’une espèce d’ignorance qui domine pourtant le champs obscur de son inconscient pour que voient le jour des données cachées mais suscitées et ordonnées par l’attention. L’homme est plus le lieu d’une activité secrète, élective, créatrice, que l’artisan de cette activité.
Cette nouvelle connaissance qui s’oppose au savoir n’a pas de technique. Ainsi disait-on de Jésus « jamais homme n’a parlé comme cet homme » et aussi « Il sait ce qu’il y a dans l’homme » et Jésus accusait les pharisiens d’avoir « fermé aux autres les portes de la connaissance ».
Peut-être cette lumière de Dieu au-dedans de soi est-elle le seul moyen d’atteindre à la connaissance totalisante de l’homme. Les hommes qui en reçoivent la faveur sont faits les guides de l’homme, beaucoup plus et beaucoup mieux que tous les spécialistes qui prétendent inventorier le psychisme humain. On aide l’homme quand on l’atteint là où l’on se tient soit même. L’homme privé de spirituel est tronqué de l’essentiel, privé de substance, dépourvu de raison d’être. La connaissance des profondeurs est expérience lumineuse bien plus que savoir théorique. On accède à la connaissance par approfondissement, et non par extension du savoir en des sciences humaines encore bien tâtonnantes. Quand on atteint le centre de soi-même, on a vue sur l’ensemble et on peut aller vers la périphérie mais le mouvement inverse n’est pas assuré et le regard peut rester fixé en un point quelconque de cette périphérie. C’est pourtant ce Royaume « qui est au-dedans de vous » qu’il est vital pour chaque homme d’atteindre et pour les autres autour de lui.
A suivre…