« AH ! SI TU SAVAIS LE DON DU PERE ! »
(Jésus à la Samaritaine, Jean, 4 :10)
Tout a commencé à 10 ans lors de ma communion, seule et unique après un an de catéchisme le dimanche quand il faisait beau car j’étais à 7 km de l’église la plus proche. Cette communion dont rien ni personne autour de moi ne pouvait soupçonner l’écho ni l’ampleur en moi, fut une véritable saisie de Dieu. Elle irradia ma vie d’enfant des mois durant, donnant à mon enfance une plénitude et un bonheur ineffables et indélébiles. Le souvenir de cette rencontre demeure gravé en moi pour l’éternité. Il sera l’étoile qui aura guidé ma recherche tout au long de ma vie jusqu’aux approches de la quarantaine, date de la rencontre de celui qui allait bouleverser ma vie de l’intérieur, permettre le lien et réaliser la « conaturalité » - de même nature – avec l’expérience de mon enfance.
La grande phrase que m’a dite Marcel Légaut quand je suis allé le voir aux Granges ( Drôme) après l’avoir rencontré à Guéret où j’avais découvert cette dimension de communion qu’il était capable d’opérer autour de lui et que je garderai toujours en moi, c’est la suivante : Ce que vous cherchez, Frédo, est au-dedans de vous.
J’ai compris que la vie de foi ne consistait pas à faire plus, autrement ni mieux que les autres. Il ne s’agissait pas d’être moralement meilleur ni supérieur aux autres mais de réaliser toujours plus et de vivre toujours mieux que je suis habité par une présence indicible qui irradie et embrase ma vie et virtuellement celle de mes frères, d’un feu incandescent venu d’un Autre. J’ai réalisé comme par enchantement que ce contact enfin trouvé coïncidait avec toutes mes attentes, mes secrètes recherches, les soifs de l’être en moi. Peu à peu, bien qu’ayant déjà tout reçu dès la première rencontre, mais comme une petite graine à cultiver et à promouvoir sans fin, tout venait de m’être donné à profusion. La vie évangélique n’est pas dans le faire, mais dans l’être, elle est états intérieurs participés de Lui.
Dès que l’homme prend conscience de soi et de sa destinée dans l’ensemble de l’univers, de l’infiniment grand et de l’infiniment petit dans la chaîne de l’évolution de toutes choses, il lui faut nécessairement se trouver une place dans cet ensemble de la matière, de la vie et de l’histoire humaine : situer sa destinée, donner sens et consistance à sa propre vie, pour lui d’abord, est nécessité vitale. Alors deux voies s’offrent à sa recherche : la voie idéologique et la voie spirituelle. Deux intelligences en lui vont se disputer la place. L’intellectuelle, la cérébrale, le lieu des élucubrations, des idées et des idéologies – mais aussi des sciences et des techniques – et, beaucoup plus subtile et discrète, l’intuition créatrice qui monte des profondeurs de l’être où elle puise dans les matériaux secrètement cumulés de l’expérience, de la véritable richesse et de l’épaisseur humaine de cet homme. Le message évangélique est le seul qui ne souffre ni la répétition, ni l’enseignement, ni l’élucubration cérébrale ; il est congénitalement et par la nature même de son premier jaillissement allergique aux idées et à l’intellectualisme : il est essentiellement et exclusivement, par naissance et par essence, créateur.
Cette essence même, du fait de sa naissance, est créatrice : elle doit le rester. C’est ce chemin de l’intériorité et de l’être créateur, continuellement re-révélé par le Père qui caractérise la sauvegarde – « bienheureux celui qui écoute ma parole et la garde » !- et la transmission fidèle de sa parole « en Esprit et en Vérité » Jn 4/ 23. Elle demande une intime approche du dedans, pour communiquer ce qu’elle est et ce qu’elle nous dit de Lui. Seule cette intelligence là est dans le sens propre du terme créatrice de beauté et de vérité. Sa demeure et sa nature dans l’homme sont les profondeurs de son être. C’est là le lieu mystérieux de la présence et de l’union divine. C’est là que la pensée, grâce à la parole retrouvée, est inspirée et re-révélée par l’intime lumière divine. C’est là que la Paternité divine déverse pour notre accomplissement ses ineffables bienfaits en se faisant réponse expérimentale à nos attentes cherchantes. Elle se dit et se donne à l’homme en le rassasiant en de multiples expériences bienfaisantes : tel est son langage paternel dans l’homme qu’il désaltère en l’altérant toujours plus de Lui-même. Ainsi coulent de Lui pour notre bonheur, et pour peu qu’on entrouvre la petite porte de notre être, « ses fleuves d’eau vive » Jn 7 / 38. Telle est l’inépuisable « don du Père » au cœur de ses enfants assoiffés.
LES COMPAGNONS DU PERE FREDO
Je n’ai qu’un maître : Jésus de Nazareth et qu’un chemin, le sien, petit chemin spirituel évangélique. Mais, des amis du maître, des compagnons spirituels m’ont aidé à renaître et m’ont accompagné un bout de chemin dans mon itinéraire intérieur. Bien que maintenant je m’auto-nourrisse d’Union au Père par Jésus et sa parole en leur commune ambiance spirituelle intérieure, je garde pour ces amis et compagnons, dont je retrouve en moi chacun à sa façon la présence inspirante sur la lancée de leur apport spécifique, une affectueuse reconnaissance éternelle pour avoir éclairé mon cheminement, nourri et guidé ma renaissance. Chacun par ce qu’il est dans le sillage de sa propre trajectoire spirituelle et humaine contribue sans fin à m‘engendrer à moi-même en tout ce qui est et devient en moi : ils demeurent mes compagnons d’itinéraire intérieur.
D’abord la rencontre de Marcel Légaut, mon Père spirituel qui, il y a vingt-six années, fut à la base indispensable et essentielle de ma renaissance : à cet homme exceptionnel je dois tout ce qui est et devient en moi et autour de moi dans tout ce qui touche à l’universel et à ma fécondité spirituelle en cette voie. »
Ensuite, Simone Weil, le penseur, qui est morte de communion fraternelle à 33 ans pendant la guerre 39-45 ; cette fille de lumière a, dès avant ma rencontre avec Marcel Légaut puis après, contribué à m’ouvrir les yeux et à me libérer sur un certain nombre de points que je considère comme essentiels à ma recherche. J’ai souvent dit que je me situais comme étant le fils du mariage spirituel en moi de Marcel Légaut et de Simone Weil : ces deux anciens de Normale Sup, l’un en math, l’autre en philo. En étant la benjamine du premier d’une dizaine d’années, ces deux êtres d’exception ne se sont jamais rencontrés, sauf en moi. Je tiens de ces deux grands humains de m’avoir réengendré à l’intelligence et à la liberté – les deux allant toujours de concert : intelligence et liberté !
Puis Bergson, surtout dans la deuxième partie « Des deux sources de la morale et de la religion », ce qui a trait aux mystiques. Lui aussi était un ancien de Normale Sup. Il fut au départ de l’élan spirituel du modernisme. Ses pages sur les mystiques gardent toute leur fraîcheur et leur beauté appelante et nourricière.
Marie Madeleine Davy, une contemporaine qui, elle aussi, a de fort belles pages.
Jean XXIII dont je pense avoir été ici et en moi fidèle à son esprit et à son concile.
Je me vois par grâce membre actif et pionnier dans la lignée des spirituels, c'est-à-dire faisant partie à part entière du grand corps des mystiques. Non pas certes au plan de la perfection où je n’ai pas la prétention de « leur monter à la cheville » comme on dit dans les campagnes. Par contre j’ai sur eux tous une supériorité indéniable : j’ai eu la chance que ma renaissance ait coïncidé avec les années de liberté de Jean XXIII et de son concile. Ainsi ai-je pu profiter de ce court créneau de liberté, du jamais vu en notre idéologie, pour accéder, moi, ma vie et ma pensée, à cette souveraine liberté des enfants évangéliques du Père.
TEMOIGNAGES
Madeleine Triviaux :
Quand, avec vous Père Frédo, nous disions le Notre Père, les mots prenaient dans la prière une telle densité que nous sentions l’espace s’emplir de la présence du Dieu créateur.
Sœur Véronique Marchand :
Un jour une personne m’a dit : « Quand on assistait aux cérémonies de Frédo, on n’en sortait pas comme on y était entré.
Frédo a été le chantre et le révélateur de la Présence en moi. Quand je le voyais si recueilli, si concentré avant un baptême, un mariage, une messe, je l’enviais, et à ses messes nous étions tellement dans la Présence ; notre cœur était tout brûlant.
QUELQUES PAROLES DU PERE FREDO
A PROPOS DE LA VIE DE L’ESPRIT
Tout homme cherche son unité dans l’être profond. C’est là que tout converge et c’est le point central qui commande toute mon action.
Le silence est le climat où naît cette vie nouvelle.
Dans la vie de foi, pas de ciel sans nuages.
Les deux grands ennemis de la vie de foi : le sentimentalisme et surtout le rationalisme.
La Vie de l’Esprit nous fait retrouver la spontanéité de l’enfance.
La lumière, comme la vérité, la vie et l’amour nous sont donnés.
Un changement de regard accompagne et manifeste toujours une étape de conversion :
« Si ton regard est simple… »
Le présent est la mesure du temps du croyant ; c’est le réel de Dieu. Il est déjà la vie éternelle.