Je sais maintenant que la recherche spirituelle est une contagion, une question de profondeur de vie, d'intensité d'être, de longueur d'ondes. La vie de foi, c'est la rencontre de deux libertés, celle de Dieu et celle de l'homme.
Frédo Bourdier
Né le 14 août 1923 dans une famille d'agriculteurs près de Javerdat (Haute Vienne), Alfred Bourdier était l'aîné d'une famille de trois enfants. Désigné comme soutien de famille après la mobilisation de son père, le jeune Alfred, appelé familièrement Frédo travaillera la terre jusqu'à l'âge de 20 ans.
Il n'aura suivi les cours de catéchisme que pendant un an, l'église étant trop éloignée de la ferme. Cependant, « ce long vide d'actes religieux jusqu'au service militaire ne veut pas dire manque de recherche intérieure sous les appels et les touches de Dieu ». Déjà, explique t'il, « à l'âge de dix ans, j'avais connu une espèce de saisie de Dieu ».Je ne saurais expliquer ce phénomène, dira t'il, en tout cas, rien qui ressemblât de près ou de loin à une vision, une apparition miraculeuse ou un commandement venu des Cieux.
Dès le retour de son service militaire, Frédo «sera tiraillé entre les diverses solutions qui s'offrent à lui dans sa recherche d'un idéal à défendre ».et entrera au séminaire « comme on se lance dans la nuit. »
Séminaire de vocations tardives, puis grand séminaire, enfin Mission de France, avec alors « épanouissement heureux dans les retrouvailles de la condition humaine vraie ! »
Fredo sera ordonné prêtre le 29 juin 1955 à Limoges « pour pouvoir porter l'Evangile et la vie divine aux Creusois » dira t-il dans sa demande d'ordination du 20 mai.
Nommé dans la Creuse, au cour de ce pays qui résulte, selon l'expression de Jean Guitton « des combinaisons improbables de l'arbre et de la pierre », Frédo voudra dès le départ gagner sa vie grâce au travail manuel « pour être libre vis à vis des gens d'abord, pour que ma vie donnée soit utile et pour mon indépendance pécuniaire vis à vis du clergé. » précisera t-il.
Il sera tour à tour journalier agricole, manouvre, chauffeur et le plus souvent bûcheron à la tâche.
« Comme un arbre a besoin de plonger ses racines dans l'humus fécond de la terre et simultanément d'étaler sa ramure pour capter les rayons nourriciers du soleil, ainsi l'homme, sous peine de s'atrophier, a besoin de la terre humaine et du soleil de Dieu. » écrira t-il.
Continuant de chercher une réponse valable aux grands appels humains, gardant vivant en lui le souvenir des rencontres mystérieuses qui avaient jalonné son enfance et son adolescence, Frédo poursuivait sa recherche.
C'est en 1963 « qu'après avoir cherché longuement et en vain de tous côtés une eau vive capable d'étancher sa soif, il a pu, grâce au témoignage d'un laïc, déboucher dans une vie nouvelle aux horizons infinis. » Ce laïc, c'est Marcel Légaut dont il dira : «De lui, j'ai appris, entre autres, qu'être chrétien ne peut se concevoir qu'en étant le disciple sans concession de Jésus de Nazareth. »
En 1972, il écrira son premier livre «Chemin de vie » (épuisé) et en 1991 :« La hache et le missel ». (Editions Verso)
Frédo poursuivra alors sa vie comme un pasteur aux brebis peu nombreuses de ce coin de Creuse, en célébrant avec beaucoup de profondeur et de présence, un baptême, un mariage ou un enterrement et bien sûr le souvenir de Jésus. et en accueillant avec chaleur et bonté toute personne qui venait le voir.
Dans le même temps Frédo a grandement contribué avec passion et don de lui même à sauver les vénérables et belles églises romanes de son secteur (sept paroisses) que la ruine menaçait.
Peu à peu, la maladie de Parkinson altéra la santé de Frédo.
Aidé de Sour Véronique, il affrontera cette épreuve, dans la solitude et le silence.
On fêta ses 50 ans de présence au Donzeil en 2003, fête où une population nombreuse manifesta par sa présence la reconnaissance en la profonde humanité de ce pasteur.
Les dernières paroles que le père Frédo a prononcées en public, à la fin de la messe de la Pentecôte 2004 furent : «Celui qui vit et croit en moi ne mourra jamais » (Saint Jean, 11,26)
Il décéda le 18 juin de la même année après un bref temps d'hospitalisation à Aubusson.
Frédo, dira un ami lors de ses funérailles : « tu avais conscience de la grandeur des êtres humains et tu aurais voulu que chacun puisse développer toutes les richesses qui étaient en lui...et aussi...tu t'étais reconnu dans la démarche d'un fils de la terre de Palestine qui, à travers le temps et l'espace, a appelé les hommes de tous les temps et de tous les pays à vivre en plénitude et à aimer. »